À Alençon, tisser des liens vivants entre jeunes et aînés : initiatives, portraits et inspirations

18 janvier 2026

Relier les générations : un défi à portée de main à Alençon

Sur le marché du jeudi matin, les visages se croisent, parfois se sourient, souvent se perdent dans la foule. Il y a Colette, 78 printemps et le pas alerte, qui aime raconter ses souvenirs d’Alençon d’avant. Il y a Léonie, lycéenne, qui cherche sa place dans la ville d’aujourd’hui. Entre elles, un monde — ou un pont à bâtir.

La solidarité intergénérationnelle n’est pas un slogan. C’est une nécessité sociale, et un formidable levier pour rendre nos quartiers plus humains, nos villages plus vivants, nos familles plus soudées. Partout en France, et ici à Alençon, des citoyen·ne·s, associations, collectivités inventent des réponses simples et concrètes pour rapprocher les âges.

Mais quelles sont ces initiatives qui marchent ? Qu’apportent-elles concrètement aux aînés comme aux jeunes ? Comment les développer localement, ici, sur notre territoire ?






Les liens intergénérationnels : pourquoi sont-ils essentiels ?

  • Lutter contre l’isolement des seniors : Selon une étude de la Fondation de France (2023), plus de 4 millions de Français sont en situation d’isolement social, dont la majorité sont des personnes âgées. À Alençon, le CCAS estime qu’environ 17 % des plus de 75 ans vivent seuls.
  • Transmettre une histoire, des savoirs, des valeurs : Les échanges entre générations participent à la transmission de la mémoire locale, de gestes oubliés, d’un patrimoine vivant. Dans la Sarthe, l’association “Mémoire vivante” a montré qu’un atelier cuisine intergénérationnel augmente le sentiment d’utilité chez les aînés et renforce l’ancrage des plus jeunes dans le territoire.
  • Semer l’empathie, briser les préjugés : Les rencontres tordent le cou aux idées reçues — sur la jeunesse “désengagée”, sur les “vieux” ringards et râleurs. L’Observatoire de l’Intergénération (Recherches & Solidarités, 2022) indique que dans 63 % des cas, une relation intergénérationnelle régulière améliore le regard réciproque entre classes d’âge.
  • Stimuler la participation citoyenne : Construire des projets à plusieurs voix invite chacun à s’impliquer dans la vie locale et à donner le meilleur de soi, quelle que soit sa génération.





Les initiatives intergénérationnelles à Alençon et dans ses environs

1. Les “ateliers partagés” du centre social Croix-Mercier

Courant chaque mercredi après-midi, au cœur de Perseigne, une salle accueille des binômes inattendus : collégiens et dames du quartier s’y retrouvent autour d’activités manuelles. Couture, fabrication d’objets à partir de matériaux recyclés, tricot… Ici, on échange bien plus que des techniques. “Cet atelier, c’est ma bulle d’oxygène”, confie Ginette, 82 ans. “Je transmet, mais j’apprends aussi. Les jeunes m’initient à l’informatique !”

Ce type d’atelier, nombreuses villes l’expérimentent : à Paris, le dispositif “Quartiers Solidaires Jeunes” multiplie les rencontres autour du “faire ensemble”. Selon le rapport de l’Observatoire National de l’Action Sociale, 83 % des usagers de ces ateliers déclarent avoir tissé des liens nouveaux et durables.

2. Les médiations numériques solidaires

À la Médiathèque Aveline, chaque premier vendredi du mois, un atelier numérique met en relation des lycéens, volontaires au service civique, et des seniors désireux de mieux appréhender tablettes et smartphones. “On a tous quelque chose à apprendre des autres, peu importe l’âge”, observe Samuel, médiateur.

  • En 2023, 57 seniors formés à Alençon, accompagnés par une quinzaine de jeunes bénévoles.
  • Un taux de retour positif de 95 % (enquête locale, 2023).

Ce format existe aussi sous d’autres formes, comme le programme “Les Passeurs de Savoirs” d’Emmaüs Connect, favorisant la montée en compétences numériques des personnes âgées tout en sensibilisant les plus jeunes à la solidarité concrète.

3. Les jardins partagés intergénérationnels

Aux abords de la rue de Verdun, derrière la résidence Les Tilleuls, une parcelle potagère est cultivée, main dans la main, par des enfants du centre de loisirs et des résidents seniors. On y plante, on y bêchent, on s’émerveille ensemble de la première tomate de la saison.

Selon les chiffres du Réseau National des Jardins Partagés, ces espaces collaboratifs créent un lien social fort et durable : 72 % des participants déclarent s’être “fait un nouvel ami d’une autre génération”. À Alençon, le jardin collaboratif Les Tilleuls accueille une vingtaine de personnes chaque saison.

4. Les programmes d’entraide de proximité

Certaines initiatives naissent aussi au coin de la rue : services de courses entre voisins, entraide ponctuelle pour des petits travaux, covoiturage solidaire… Sur la plateforme Voisins Solidaires (partenaire de l’UNCCAS), 61 % des demandes à Alençon concernent un échange entre personnes de générations différentes.

“J’aide Mme Rouault à faire ses courses, et elle garde mon chat quand je pars en déplacement”, témoigne Julie, 32 ans, habitante de Courteille. “C’est de la solidarité, mais c’est surtout de l’amitié”.






Des clés pour mener une initiative intergénérationnelle réussie

L’expérience de terrain montre qu’une action intergénérationnelle ne doit rien au hasard. Voici quelques essentiels recueillis auprès d’acteurs locaux et d’experts nationaux (France Bénévolat, Petits Frères des Pauvres…)

  1. Écouter les envies et besoins des deux générations : construire ensemble le projet, dès le départ, favorise l’appropriation et la motivation.
  2. Doser la bonne durée, la bonne fréquence : mieux vaut des rencontres régulières mais courtes qu’une action unique et trop ambitieuse.
  3. Miser sur l’échange réciproque : “Chacun apprend de l’autre”, y compris le jeune du senior — et inversement !
  4. Inclure une touche locale : recettes d’ici, promenades dans des lieux emblématiques, ateliers autour du patrimoine alençonnais… La solidarité prend plus de saveur en terrain connu.
  5. Valoriser les réussites : raconter, photographier, célébrer ensemble les petits et grands succès encourage la poursuite de l’action.
Type d’initiative Objectif Résultat observé Partenaires
Ateliers manuels partagés Transmettre des savoir-faire, créer du lien Nouvelles amitiés, hausse du bien-être Centre social, CCAS
Jardinage collaboratif Découverte de la nature, coopération Sentiment d'utilité, intégration sociale Centres de loisirs, Ehpad
Formations numériques Réduire la fracture numérique Autonomie retrouvée, confiance Médiathèque, associations, service civique
Plateformes d'entraide Aide de proximité Réseaux de solidarité informels UNCCAS, réseaux associatifs





Portraits d’acteurs et d’actrices à Alençon

  • Raymonde, 84 ans, résidente : “J'ai appris à utiliser une tablette. Maintenant, je peux échanger avec mon arrière-petite-fille qui vit à Caen. C’est comme si elle était un peu avec moi le week-end.”
  • Khalil, 15 ans, collégien : “Avec M. Lemoine, on jardine et il me raconte comment était Alençon pendant la grande tempête de 1999. Ça donne envie de mieux connaître la ville.”
  • Valérie, éducatrice : “Les échanges transforment le regard ; les préjugés sur la jeunesse comme sur la vieillesse tombent vite autour d’un projet commun.”





Des obstacles… mais surtout des ressources à mobiliser

Oui, créer du lien entre générations demande de l’organisation et parfois, du courage. On heurte parfois la peur de l’inconnu, des rythmes de vie différents, des questions de mobilité. Mais les ressources locales ne manquent pas :

  • La Maison des Habitants propose un soutien logistique pour monter vos premiers ateliers.
  • Le CCAS met en relation des seniors isolés avec des jeunes volontaires pour une première rencontre autour d’un café solidaire.
  • Le tissu associatif d’Alençon est riche — osez pousser la porte de Emmaüs ou de l’AMISC, qui encouragent les échanges intergénérationnels.

L’État comme les collectivités locales soutiennent aussi ces projets : en 2022-2023, la région Normandie a financé 19 initiatives intergénérationnelles sur l’Orne (source : Dossier Intergénération Normandie).






Agir ensemble : où commencer à Alençon ?

Envie de faire le premier pas ?

  • Rejoindre ou proposer un atelier intergénérationnel à la Maison des habitants.
  • Devenir bénévole “passerelle” à la médiathèque ou dans un centre social.
  • Monter un binôme entraide dans sa rue, pourquoi pas à l’occasion d’un événement “Nettoyage solidaire” ou “Fête des voisins”.
  • Suggérer une activité commune – atelier cuisine, jeux de société, balade découverte – dans le cadre associatif ou scolaire.
  • Faire appel à la Mairie pour relayer vos besoins, trouver des partenaires, et pourquoi pas bénéficier d’un appui logistique ou financier.

Ce sont souvent les petits pas, les gestes simples, qui ouvrent de grandes portes.






Élargir nos horizons, ici et demain

Notre territoire a une histoire riche, une mosaïque de talents, d’expériences et de bonnes volontés. Chaque rencontre intergénérationnelle est une promesse : celle d’un vivre-ensemble où l’on grandit, où l’on transmet, où l’on apprend en retour. À Alençon, un modèle se dessine. Il reste à le faire vivre, à l’imaginer, à le multiplier.

Main dans la main, générations réunies, la solidarité tisse ici un avenir où personne ne reste sur le bord du chemin. À chacun, à chacune, de s’y engager à sa façon, avec ses mots, son énergie, son sourire. Ensemble, c’est possible, aujourd’hui et pour les saisons à venir.






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