Le réemploi à Alençon : acteurs, démarches et réalités sociales
Le réemploi, une réalité ornaise à multiples visages Le réemploi, bien plus qu'une tendance, est ancré depuis des décennies à Alençon. Dans cette ville de près...
Unis pour faire grandir la solidarité locale.
Sur le marché du jeudi matin, les visages se croisent, parfois se sourient, souvent se perdent dans la foule. Il y a Colette, 78 printemps et le pas alerte, qui aime raconter ses souvenirs d’Alençon d’avant. Il y a Léonie, lycéenne, qui cherche sa place dans la ville d’aujourd’hui. Entre elles, un monde — ou un pont à bâtir.
La solidarité intergénérationnelle n’est pas un slogan. C’est une nécessité sociale, et un formidable levier pour rendre nos quartiers plus humains, nos villages plus vivants, nos familles plus soudées. Partout en France, et ici à Alençon, des citoyen·ne·s, associations, collectivités inventent des réponses simples et concrètes pour rapprocher les âges.
Mais quelles sont ces initiatives qui marchent ? Qu’apportent-elles concrètement aux aînés comme aux jeunes ? Comment les développer localement, ici, sur notre territoire ?
Courant chaque mercredi après-midi, au cœur de Perseigne, une salle accueille des binômes inattendus : collégiens et dames du quartier s’y retrouvent autour d’activités manuelles. Couture, fabrication d’objets à partir de matériaux recyclés, tricot… Ici, on échange bien plus que des techniques. “Cet atelier, c’est ma bulle d’oxygène”, confie Ginette, 82 ans. “Je transmet, mais j’apprends aussi. Les jeunes m’initient à l’informatique !”
Ce type d’atelier, nombreuses villes l’expérimentent : à Paris, le dispositif “Quartiers Solidaires Jeunes” multiplie les rencontres autour du “faire ensemble”. Selon le rapport de l’Observatoire National de l’Action Sociale, 83 % des usagers de ces ateliers déclarent avoir tissé des liens nouveaux et durables.
À la Médiathèque Aveline, chaque premier vendredi du mois, un atelier numérique met en relation des lycéens, volontaires au service civique, et des seniors désireux de mieux appréhender tablettes et smartphones. “On a tous quelque chose à apprendre des autres, peu importe l’âge”, observe Samuel, médiateur.
Ce format existe aussi sous d’autres formes, comme le programme “Les Passeurs de Savoirs” d’Emmaüs Connect, favorisant la montée en compétences numériques des personnes âgées tout en sensibilisant les plus jeunes à la solidarité concrète.
Aux abords de la rue de Verdun, derrière la résidence Les Tilleuls, une parcelle potagère est cultivée, main dans la main, par des enfants du centre de loisirs et des résidents seniors. On y plante, on y bêchent, on s’émerveille ensemble de la première tomate de la saison.
Selon les chiffres du Réseau National des Jardins Partagés, ces espaces collaboratifs créent un lien social fort et durable : 72 % des participants déclarent s’être “fait un nouvel ami d’une autre génération”. À Alençon, le jardin collaboratif Les Tilleuls accueille une vingtaine de personnes chaque saison.
Certaines initiatives naissent aussi au coin de la rue : services de courses entre voisins, entraide ponctuelle pour des petits travaux, covoiturage solidaire… Sur la plateforme Voisins Solidaires (partenaire de l’UNCCAS), 61 % des demandes à Alençon concernent un échange entre personnes de générations différentes.
“J’aide Mme Rouault à faire ses courses, et elle garde mon chat quand je pars en déplacement”, témoigne Julie, 32 ans, habitante de Courteille. “C’est de la solidarité, mais c’est surtout de l’amitié”.
L’expérience de terrain montre qu’une action intergénérationnelle ne doit rien au hasard. Voici quelques essentiels recueillis auprès d’acteurs locaux et d’experts nationaux (France Bénévolat, Petits Frères des Pauvres…)
| Type d’initiative | Objectif | Résultat observé | Partenaires |
|---|---|---|---|
| Ateliers manuels partagés | Transmettre des savoir-faire, créer du lien | Nouvelles amitiés, hausse du bien-être | Centre social, CCAS |
| Jardinage collaboratif | Découverte de la nature, coopération | Sentiment d'utilité, intégration sociale | Centres de loisirs, Ehpad |
| Formations numériques | Réduire la fracture numérique | Autonomie retrouvée, confiance | Médiathèque, associations, service civique |
| Plateformes d'entraide | Aide de proximité | Réseaux de solidarité informels | UNCCAS, réseaux associatifs |
Oui, créer du lien entre générations demande de l’organisation et parfois, du courage. On heurte parfois la peur de l’inconnu, des rythmes de vie différents, des questions de mobilité. Mais les ressources locales ne manquent pas :
L’État comme les collectivités locales soutiennent aussi ces projets : en 2022-2023, la région Normandie a financé 19 initiatives intergénérationnelles sur l’Orne (source : Dossier Intergénération Normandie).
Envie de faire le premier pas ?
Ce sont souvent les petits pas, les gestes simples, qui ouvrent de grandes portes.
Notre territoire a une histoire riche, une mosaïque de talents, d’expériences et de bonnes volontés. Chaque rencontre intergénérationnelle est une promesse : celle d’un vivre-ensemble où l’on grandit, où l’on transmet, où l’on apprend en retour. À Alençon, un modèle se dessine. Il reste à le faire vivre, à l’imaginer, à le multiplier.
Main dans la main, générations réunies, la solidarité tisse ici un avenir où personne ne reste sur le bord du chemin. À chacun, à chacune, de s’y engager à sa façon, avec ses mots, son énergie, son sourire. Ensemble, c’est possible, aujourd’hui et pour les saisons à venir.