S’engager dans la solidarité à Alençon : initiatives concrètes et ressources locales
Comprendre le tissu solidaire à Alençon et dans l’Orne Derrière la diversité de ses quartiers, Alençon recèle un réseau d’acteurs engagés au service...
Unis pour faire grandir la solidarité locale.
Derrière les grues qui bougent l’horizon d’Alençon, les routes refaites, les façades rénovées ou les nouvelles bornes électriques, il y a un monde de solidarité qui ne se voit pas d’emblée. Depuis plusieurs années, les marchés publics deviennent à Alençon un véritable terrain d’engagement social. Les entreprises qui répondent à des appels d’offres publics ou privés sont invitées, voire obligées, à intégrer la dimension des chantiers d’insertion. Ces dispositifs offrent à des personnes éloignées de l’emploi un pied sur la première marche de la dignité retrouvée.
Pour comprendre comment cela se vit à Alençon, il faut descendre dans les ateliers, visiter les chantiers, et échanger avec celles et ceux qui agissent chaque jour. Ici, la solidarité n’est pas qu’un mot : elle prend la forme de marchés conclus autrement, d’embauches solidaires, de compagnonnage, et d’expériences où l’humain prime.
Un chantier d’insertion est, juridiquement, une structure d’insertion par l’activité économique (SIAE) (source : Ministère du Travail). Sa mission : proposer des contrats de travail, une formation, et un accompagnement renforcé à des personnes qui ont décroché du marché du travail (jeunes sans qualification, chômeurs longue durée, personnes réfugiées, etc.).
Concrètement, à Alençon, on retrouve ces chantiers par exemple à la recyclerie d’Emmaüs, dans certains ateliers municipaux ou à travers des initiatives de structures telles que le GEIQ BTP Orne, mais aussi dans des entreprises d’insertion purement locales comme Ateliers Du Pré-Bocage ou Regain.
Depuis la loi n° 2014‑856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, mais aussi grâce à des textes comme la Loi Marchés Publics de 2016, les acheteurs publics (mairies, intercommunalités, bailleurs sociaux) sont encouragés à intégrer des clauses sociales dans les marchés qu’ils passent. C’est devenu, sur certains marchés, une exigence : pour obtenir un chantier de voirie, de rénovation ou de services, il est demandé à l’entreprise d’embaucher un certain quota de personnes en parcours d’insertion ou d’externaliser cette mission auprès d’une SIAE.
À Alençon, la Communauté Urbaine a fait de l’intégration sociale dans la commande publique une priorité. Selon le service Insertion du département de l’Orne, sur la période 2019-2022, près de 60 marchés publics ont ainsi intégré une clause d’insertion, représentant plus de 29 000 heures d’insertion effectuées sur le territoire (Préfecture de l’Orne).
Anne, responsable RH d’une PME de travaux publics basée à Alençon, partage son expérience :
« Au début, c’était une contrainte. Puis, on a découvert des gens motivés, avec des histoires fortes, mais aussi des compétences. Sur un chantier de terrassement pour la requalification du faubourg Saint-Blaise, nous avons accueilli deux salariés en insertion, accompagnés par l’association Regain. L’un d’eux a depuis intégré notre équipe en CDI. Ces parcours montrent que l’insertion, ça marche quand on donne sa chance. »
Voici trois exemples locaux :
| Année | Heures d’insertion réalisées sur marchés publics (Alençon & alentours) | Nombre de personnes accompagnées | Taux de retour à l’emploi durable |
|---|---|---|---|
| 2019 | 7 900 | 53 | 38 % |
| 2020 | 6 400 | 44 | 34 % |
| 2021 | 8 700 | 56 | 42 % |
| 2022 | 6 000 | 37 | 40 % |
| 2023* | ~9 000 | 61 | 47 % |
*Sources croisées : Mission Locale Alençon, Mairie d’Alençon, GEIQ BTP Orne.
À la brasserie artisanale d’Alençon, qui a fait le choix de sous-traiter une partie de la logistique à une structure d’insertion, on témoigne d’un changement de regard : « Ça bouscule les habitudes, c’est vrai. Mais on découvre des personnes engagées, qui apportent leur énergie. On devient une entreprise plus vivante, ancrée localement. »
Du côté des bénéficiaires, c’est retrouver un rythme, croiser des voisins, réapprendre des gestes – et souvent, reprendre confiance. Une habitante du quartier Perseigne partage : « C’est une deuxième chance, on est accompagnés, pas jugés. Quand on passe devant un espace vert qu’on a entretenu avec le groupe, c’est une fierté partagée. »
Sur les chantiers comme dans les bureaux, à l’atelier comme dans les parcs, c’est tout un tissu social qui reprend vie grâce à cette dynamique. Ici, la solidarité fait œuvre de transmission. De plus en plus d’entreprises alençonnaises passent de la contrainte à la conviction, tissant avec les acteurs de l’insertion un partenariat solide, inscrit dans la durée. Les marchés publics deviennent alors bien plus que des contrats : ce sont des opportunités de grandir ensemble, d’ouvrir des portes, d’inventer – à échelle humaine – une société plus digne, plus inclusive.
Alençon trace ce chemin, à petits pas concrets. Là où chacun, à sa manière, peut poser sa brique dans l’édifice commun.