Mains tendues et marchés publics : chantiers d’insertion, pilier solidaire d’Alençon

23 mars 2026

Solidarité au cœur des marchés : pourquoi et comment ?

Derrière les grues qui bougent l’horizon d’Alençon, les routes refaites, les façades rénovées ou les nouvelles bornes électriques, il y a un monde de solidarité qui ne se voit pas d’emblée. Depuis plusieurs années, les marchés publics deviennent à Alençon un véritable terrain d’engagement social. Les entreprises qui répondent à des appels d’offres publics ou privés sont invitées, voire obligées, à intégrer la dimension des chantiers d’insertion. Ces dispositifs offrent à des personnes éloignées de l’emploi un pied sur la première marche de la dignité retrouvée.

Pour comprendre comment cela se vit à Alençon, il faut descendre dans les ateliers, visiter les chantiers, et échanger avec celles et ceux qui agissent chaque jour. Ici, la solidarité n’est pas qu’un mot : elle prend la forme de marchés conclus autrement, d’embauches solidaires, de compagnonnage, et d’expériences où l’humain prime.






Les chantiers d’insertion, c’est quoi ?

Un chantier d’insertion est, juridiquement, une structure d’insertion par l’activité économique (SIAE) (source : Ministère du Travail). Sa mission : proposer des contrats de travail, une formation, et un accompagnement renforcé à des personnes qui ont décroché du marché du travail (jeunes sans qualification, chômeurs longue durée, personnes réfugiées, etc.).

Concrètement, à Alençon, on retrouve ces chantiers par exemple à la recyclerie d’Emmaüs, dans certains ateliers municipaux ou à travers des initiatives de structures telles que le GEIQ BTP Orne, mais aussi dans des entreprises d’insertion purement locales comme Ateliers Du Pré-Bocage ou Regain.






Ce que dit la loi, ce que fait Alençon

Depuis la loi n° 2014‑856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, mais aussi grâce à des textes comme la Loi Marchés Publics de 2016, les acheteurs publics (mairies, intercommunalités, bailleurs sociaux) sont encouragés à intégrer des clauses sociales dans les marchés qu’ils passent. C’est devenu, sur certains marchés, une exigence : pour obtenir un chantier de voirie, de rénovation ou de services, il est demandé à l’entreprise d’embaucher un certain quota de personnes en parcours d’insertion ou d’externaliser cette mission auprès d’une SIAE.

À Alençon, la Communauté Urbaine a fait de l’intégration sociale dans la commande publique une priorité. Selon le service Insertion du département de l’Orne, sur la période 2019-2022, près de 60 marchés publics ont ainsi intégré une clause d’insertion, représentant plus de 29 000 heures d’insertion effectuées sur le territoire (Préfecture de l’Orne).






Professionnels engagés : les entreprises locales témoignent

Anne, responsable RH d’une PME de travaux publics basée à Alençon, partage son expérience :

« Au début, c’était une contrainte. Puis, on a découvert des gens motivés, avec des histoires fortes, mais aussi des compétences. Sur un chantier de terrassement pour la requalification du faubourg Saint-Blaise, nous avons accueilli deux salariés en insertion, accompagnés par l’association Regain. L’un d’eux a depuis intégré notre équipe en CDI. Ces parcours montrent que l’insertion, ça marche quand on donne sa chance. »

  • Soutien logistique : Certaines entreprises alençonnaises créent des binômes entre ouvriers expérimentés et salariés en insertion pour favoriser la transmission et l’intégration.
  • Adaptation des missions : Les tâches sont pensées pour faire émerger les compétences, reposant sur des ateliers pratiques ou du tutorat (source : Fédération des acteurs de la solidarité Normandie).
  • Partenariat : Pour répondre aux appels d’offres, plusieurs PME du BTP, du nettoyage et de l’entretien des espaces verts collaborent activement avec GEIQ, Interm’aide ou Regain, structures d’insertion labellisées.





Concrètement, quelles actions sur le terrain à Alençon ?

Voici trois exemples locaux :

  1. La rénovation de l’espace Pyramide : Pendant ce chantier en 2021, un lot de 1 200 heures d’insertion était prévu dans le marché. Trois personnes sont passées par le chantier, accompagnées par Ateliers Du Pré-Bocage. L’un d’eux, Thierry, 49 ans, a retrouvé un emploi stable à l’issue du contrat (Ouest-France).
  2. Recyclerie Emmaüs : Chaque année, la recyclerie accueille plus d’une vingtaine de salariés en insertion, dont plusieurs sont orientés via des marchés publics de la Ville pour assurer des collectes et des tris lors de chantiers d’envergure (source : Emmaüs Alençon).
  3. Espaces verts municipaux : Quand la Ville d’Alençon confie l’entretien de certains quartiers à une entreprise, elle inclut (quand cela est possible) une obligation d’heures réalisées en insertion. Sur 2023, près de 1 500 heures ont ainsi été assurées par des salariés recrutés via le GEIQ, souvent issus des quartiers prioritaires de la ville.





Les chiffres qui parlent : emploi, insertion, retombées positives

Année Heures d’insertion réalisées sur marchés publics (Alençon & alentours) Nombre de personnes accompagnées Taux de retour à l’emploi durable
2019 7 900 53 38 %
2020 6 400 44 34 %
2021 8 700 56 42 %
2022 6 000 37 40 %
2023* ~9 000 61 47 %

*Sources croisées : Mission Locale Alençon, Mairie d’Alençon, GEIQ BTP Orne.

  • Alençon figure au-dessus de la moyenne départementale pour l’insertion via marchés publics (Orne : 35 % de taux de retour à l’emploi, Alençon : jusqu’à 47 % en 2023).
  • Femmes et jeunes de moins de 26 ans forment un tiers des bénéficiaires : la part féminine a augmenté de 12 % en cinq ans, grâce à des chantiers dans la restauration, la propreté ou le textile (source Géphir).





Les clés de la réussite : coopération et ancrage local

  • Dialogue entre acteurs : La réussite des chantiers d’insertion passe par la proximité. Entreprises, SIAE, services publics et institutions locales se réunissent régulièrement pour ajuster les besoins, suivre les parcours, anticiper les difficultés.
  • Souplesse et accompagnement : Adapter les horaires, multiplier les temps d’échanges, prévoir des formations (habilitations, sécurité, gestes professionnels). L’accompagnement est au cœur du dispositif (source : GEIQ Normandie).
  • Actions en cascade : À Alençon, embaucher une personne via un chantier d’insertion, c’est aussi soutenir l’écosystème de la ville – commerces, associations, santé, logement.





Voisinage solidaire, retours d’expériences : ce que ça change concrètement

À la brasserie artisanale d’Alençon, qui a fait le choix de sous-traiter une partie de la logistique à une structure d’insertion, on témoigne d’un changement de regard : « Ça bouscule les habitudes, c’est vrai. Mais on découvre des personnes engagées, qui apportent leur énergie. On devient une entreprise plus vivante, ancrée localement. »

Du côté des bénéficiaires, c’est retrouver un rythme, croiser des voisins, réapprendre des gestes – et souvent, reprendre confiance. Une habitante du quartier Perseigne partage : « C’est une deuxième chance, on est accompagnés, pas jugés. Quand on passe devant un espace vert qu’on a entretenu avec le groupe, c’est une fierté partagée. »






Des défis à relever : continuité, reconnaissance, financement

  • Continuité : Certaines missions restent ponctuelles. Le passage du chantier d’insertion à un emploi stable demande une mobilisation des entreprises, et parfois, du courage pour sortir des sentiers battus.
  • Sensibilisation : Convaincre toutes les entreprises, suivre au plus près les progrès des bénéficiaires, garder le fil avec les partenaires du territoire.
  • Financement : Les chantiers d’insertion reposent sur des cofinancements (Etat, collectivités, fonds européens). Un défi, mais aussi un levier de création de liens locaux.





Vers un territoire toujours plus solidaire

Sur les chantiers comme dans les bureaux, à l’atelier comme dans les parcs, c’est tout un tissu social qui reprend vie grâce à cette dynamique. Ici, la solidarité fait œuvre de transmission. De plus en plus d’entreprises alençonnaises passent de la contrainte à la conviction, tissant avec les acteurs de l’insertion un partenariat solide, inscrit dans la durée. Les marchés publics deviennent alors bien plus que des contrats : ce sont des opportunités de grandir ensemble, d’ouvrir des portes, d’inventer – à échelle humaine – une société plus digne, plus inclusive.

Alençon trace ce chemin, à petits pas concrets. Là où chacun, à sa manière, peut poser sa brique dans l’édifice commun.






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